UBUNTU PHARMA N°00 · 2026 PDF
Photo : les délégations de la CAMEC Mauritanie et de la Nouvelle PSP Côte d'Ivoire, à Abidjan.
Regards croisés

Coopération Sud-Sud : la CAMEC à l'école de la NPSP

En matière d'approvisionnement en médicaments essentiels, les défis sont souvent partagés d'un pays à l'autre. Accueillie par la Nouvelle PSP de Côte d'Ivoire, la délégation de la CAMEC Mauritanie a expérimenté une coopération Sud-Sud concrète, facilitée par l'ACAME et orientée vers la performance.

Pour la CAMEC Mauritanie, engagée dans une dynamique de modernisation, l'apprentissage par les pairs s'est imposé comme une évidence. Mohamed Ould Ahmed, Directeur des opérations, résume l'esprit de la mission : « Nous ne cherchions pas un modèle à copier. Nous voulions observer, comprendre les mécanismes internes et identifier ce qui pouvait être adapté à notre contexte. »

Engagée dans un processus de réforme, la CAMEC souhaitait renforcer durablement son système national d'approvisionnement : gagner en efficacité opérationnelle, améliorer la gestion des stocks et structurer davantage les procédures logistiques. Le choix de la Nouvelle PSP s'est imposé naturellement. « La NPSP est reconnue au sein du réseau ACAME pour ses avancées en gouvernance et en digitalisation. C'était un exemple pertinent et africain. »

« Une responsabilité collective »

Du côté ivoirien, l'accueil s'inscrit dans une logique de solidarité institutionnelle. « Nous avons nous-mêmes traversé des phases de transformation. Si notre expérience peut contribuer à accélérer la réforme d'une autre centrale, c'est une responsabilité collective », souligne le Dr Kouamé Guillaume, chef de département Gestion du réseau de commercialisation de la Nouvelle PSP. La mission a été conçue comme un espace d'échange technique franc : « Nous avons présenté nos procédures, nos outils digitaux, notre organisation logistique, mais aussi les contraintes rencontrées. L'intérêt d'un tel échange réside dans l'authenticité. »

Une immersion opérationnelle

Pour la délégation mauritanienne, l'intérêt principal résidait dans l'observation des processus en situation réelle. « Nous avons rencontré les équipes en charge des stocks, des achats, du système d'information. Voir les flux, comprendre la traçabilité, analyser les outils digitaux : c'est cela qui donne de la valeur à une mission d'étude », précise Mohamed Ould Ahmed.

Parmi les enseignements majeurs, la digitalisation des processus occupe une place centrale.

« La digitalisation n'est pas seulement un outil technologique. Elle transforme la manière de planifier, de contrôler et de décider. »Mohamed Ould Ahmed · CAMEC Mauritanie

Les résultats observés

  • Une meilleure compréhension des modèles organisationnels performants
  • L'identification de pratiques immédiatement adaptables
  • Le renforcement des liens techniques entre équipes
  • Le lancement d'une réflexion interne à la CAMEC

Une dynamique de changement

Au retour de mission, l'impact dépasse le cadre technique. « Nos équipes sont revenues motivées. Une dynamique interne s'est enclenchée. Nous avons engagé un travail de revue de certains processus, inspiré de ce que nous avons observé en Côte d'Ivoire », explique le Directeur des opérations.

Pour la NPSP, l'échange est également bénéfique. « Ces missions nous obligent à formaliser nos méthodes et à nous remettre en question. La coopération fonctionne dans les deux sens », note le Dr Kouamé Jean-Baptiste.

Le rôle de l'ACAME

  • Identification de la centrale d'accueil adaptée aux objectifs
  • Mise en relation institutionnelle
  • Coordination de la mission
  • Capitalisation des enseignements pour le réseau
L'ACAME agit comme plateforme de coopération Sud-Sud.

Un modèle à reproduire

La coopération Sud-Sud n'est pas une initiative isolée au sein du réseau ACAME. « Ce type d'échange devrait devenir systématique. Nos défis sont comparables : contraintes budgétaires, exigences de transparence, pression sur la disponibilité des médicaments. Apprendre entre Africains permet d'aller plus vite », plaide le Dr Kouamé Jean-Baptiste.

Mohamed Ould Ahmed abonde dans le même sens : « Nous sommes convaincus que cette démarche doit se multiplier. La réforme des centrales d'achats passe aussi par la mutualisation des expériences. »

Les facteurs clés de succès

  • L'engagement affirmé des directions
  • L'alignement stratégique des objectifs
  • La transparence dans le partage des pratiques
  • L'approche pragmatique et opérationnelle
  • L'accompagnement de l'ACAME

Vers un réseau plus intégré

Au-delà de cette mission, les perspectives visent à multiplier les échanges thématiques : digitalisation, gouvernance, financement, production locale. La coopération Sud-Sud, voulue par l'ACAME, devient un levier de transformation pour tous. Elle contribue à bâtir un réseau de centrales d'achats plus performant, plus résilient et plus solidaire, au service d'un accès équitable et durable aux médicaments essentiels.

« La souveraineté pharmaceutique africaine se construit par la compétence, la coopération et la confiance entre institutions africaines. »À retenir

La coopération Sud-Sud ACAME — en chiffres

22
pays membres
+30
missions d'échange
8
centrales actives
1
CFEA accrédité CPD