Au-delà du profit
Dans les systèmes de santé, la logistique est souvent invisible jusqu'à ce qu'elle échoue. Derrière chaque médicament livré se cache une mécanique de coûts, trop souvent floue, approximative ou inéquitable. Et si repenser ces frais de gestion n'était pas seulement une exigence financière, mais un impératif d'équité et de durabilité ?
La logistique des produits de santé ne se limite pas à un flux de colis : elle conditionne directement l'accès des populations aux médicaments essentiels, en particulier dans des contextes fragiles. Pourtant, dans de nombreux pays, la tarification des frais de stockage et de distribution repose encore sur des méthodes approximatives, souvent issues du retraitement des coûts des années précédentes. Cette approche peut créer des distorsions majeures, nuire à la performance des systèmes et compromettre l'équité d'accès aux soins.
Dans un environnement où les ressources sont limitées, chaque centime doit être justifié. Une tarification inadéquate peut épuiser des budgets déjà sous tension ou, à l'inverse, fragiliser les prestataires logistiques. Un modèle équilibré est donc indispensable, non pour générer du profit, mais pour assurer la viabilité et la qualité des services rendus.
Un modèle juste et transparent
Un modèle de tarification pertinent doit refléter la réalité des efforts engagés, s'adapter au contexte logistique local et permettre une lecture claire pour toutes les parties prenantes. Cela implique de tenir compte des volumes stockés, de la durée de conservation, du type de produit — chaîne du froid ou non —, des distances parcourues et du mode de transport, en intégrant aussi bien les coûts directs (maintenance, carburant, personnel) que les charges indirectes (assurance, sécurité, amortissement des équipements).
L'enjeu est double : sécuriser les flux logistiques tout en bâtissant un cadre de redevabilité partagé. Il ne s'agit pas d'inventer des outils complexes inadaptés au terrain, mais de rendre l'évaluation des coûts accessible et vérifiable, même en l'absence de comptabilité analytique sophistiquée.
Quand la comptabilité manque, l'innovation répond
L'absence d'outils avancés ne doit pas être un frein. Elle constitue au contraire une opportunité de renforcer les capacités des centrales d'achat et d'introduire des indicateurs de performance clairs. L'ACAME s'est engagée en ce sens en 2025, en co-construisant avec ses partenaires (OMS, Fonds mondial, ISG, Help Logistics) un référentiel d'indicateurs pertinents : objectiver les coûts de stockage selon l'espace occupé et la durée, les coûts de distribution selon le poids, le volume, les kilomètres ou les contraintes spécifiques. Résultat : une tarification fondée sur des données tangibles et acceptables par tous.
Un levier d'efficacité et de responsabilité
Au-delà des chiffres, une tarification juste constitue un puissant levier de transformation. Elle incite les prestataires à optimiser leurs opérations, à réduire les gaspillages, à digitaliser certaines tâches et à améliorer la qualité de service. En retour, les systèmes de santé bénéficient de prestations plus fiables, mieux tracées et mieux pilotées. Cette dynamique s'inscrit dans une stratégie globale de renforcement des systèmes, de l'optimisation des flux à la gouvernance des approvisionnements, en passant par la formation continue des équipes.
Rappelons-le : la finalité n'est ni comptable, ni technique. Elle est profondément humaine. Derrière chaque tarification se cache un service rendu, un médicament livré à temps, une vie préservée. Il est urgent d'accroître la part des financements domestiques, de planifier une réduction progressive des aides extérieures et de tracer une trajectoire ascendante pour la contribution nationale. Car au bout du compte, il ne s'agit pas uniquement de chiffres, mais bien de vies.